Les parents ont travaillé dur pour élever leurs enfants, deux filles et un garçon. Si les deux filles semblent vouloir empoigner leur destin avec détermination, le garçon, lui, bascule dans le trafic de drogue et se retrouve en prison. La famille va-t-elle résister à cette honte ? Pourquoi le garçon ne parvient-il pas à remonter la pente et à repartir de zéro avec les siens ?
Un théâtre de la confrontation, incarné, brut, qui nous place sans explications et sans psychologie face au mystère d’un naufrage familial. Poignant.
Extrait :
(…)
Juliette - Moun vient pas ?
Le père - Ta mère t’a pas dit ?
Juliette - Non.
Le père - Elle vient pas.
Juliette - Pourquoi ?
Le père - Je suppose qu’elle est occupée.
La mère - Elle a un devoir important à rendre lundi. Elle préfère rester à l’internat pour travailler c’est plus calme elle a dit.
Juliette - Je lui ai parlé hier soir elle m’a dit qu’elle serait là.
La mère - Ce matin. Elle a appelé ce matin.
Juliette - J’ai vu Martin.
La mère au père - Tu veux une aile ?
Le père - Du blanc. Du blanc et une aile.
La mère - Tu peux. C’est pour nous deux puisque…
Le père – Avec un peu de jus.
La mère - Nous avons vu un très bon film à la télévision avec ton père. Très intéressant. Sur la révolution française. Les costumes étaient magnifiques. On a beaucoup aimé avec ton père.
Le père - Les acteurs je ne les connaissais pas mais très bons vraiment très bons. De temps en temps il y a de bonnes choses à la télé. (A la mère) Tu te souviens du titre toi ?
Juliette - Il va mal.
La mère - Tu devrais manger ta salade. Non mais c’est écrit dans le journal. Je vais aller le chercher.
Juliette - Il a besoin de soutien.
Le père - Il en a eu.
Juliette - Il a besoin de vous maintenant.
La mère - Tu es venue nous faire la morale toi aussi ? Il est où le journal ? Tu l’as mis où le journal ?
Le père – J’en sais rien. Parce qu’on en peut plus nous. On est fatigué des conneries de ton frère. On a donné. On a payé. Le mercredi ta mère l’emmenait chez le psy tu te souviens ? Des années qu’il nous emmerde. J’y ai cru moi à sa formation, on s’est bien fait avoir.
La mère - La prison c’est trop pour nous.
Juliette - Vous vous êtes fâchés avec Moun c’est pour ça qu’elle n’est pas là.
La mère - Ça lui passera. Moun est jeune.
Juliette - Moun adore Martin. Vous vous êtes disputés !
Le père - Pas du tout. Mais elle ne sait pas faire la part des choses. Elle est jeune. Tu es plus raisonnable.
Juliette - Pourquoi ? Parce que je suis l’aînée ?
La mère - Oui. C’est le rôle de l’aînée de calmer tout le monde.
Juliette - Tu as entendu ça où ? Dans un de tes magazines ? Tu en as discuté avec ta voisine Sandrine qui sait tout sur tout ? Mais non je suis bête tu n’as rien raconté à Sandrine. Ces choses-là on ne les dit pas. On n’en parle pas. Comme ça ça n’existe pas. Mais c’est votre fils putain votre putain de fils !
Le père - Fait attention Juliette. Tu ne vas pas t’y mettre. Alors toi s’il te plaît fais un effort. Pour nous, fais un effort. On ne peut plus encaisser comme ça on a vieilli.
Juliette - Elle est acide la salade. Trop de vinaigre. C’est mauvais pour les dents.
La mère - Tu manges rien ? Du fromage ?
Juliette - Je vais aux toilettes.
Elle se lève.
La mère pleure.
Le père - C’est un mauvais moment pour tout le monde.
La mère - Mais qu’est-ce que j’ai fait ?
Le père - Rien tu as été trop gentille avec eux.
La mère - J’ai tout fait. Je les ai soignés. Je suis allée les chercher à l’école. Je leur préparais de bons repas bien équilibrés jamais de surgelés. J’ai tout fait.
Le père - Ils ont manqué d’une bonne raclée.
(…)
