Gwendoline Raisson > Traité d’éducation de ma mère

 Quand on a cinq ans et qu’on est un garçon, il est important de comprendre sa mère, celle précisément que l’on a mise au monde. Il en va de son éducation – à elle - et de son bon développement. Mais que faire lorsqu’un homme, inconnu, fréquente la maison ? Est-il possible de rester intelligent – et pédagogue ?

Une comédie pour tous publics, conférence pleine de malice qui renverse les paradigmes et nous aide à rire de nos craintes et de nos fragilités face à la question de l’éducation et de la monoparentalité.


Extrait : 

(...) 

LE FILS au public : Quand elle est née, ma mère a crié. Un accouchement douloureux.

Puis elle a pleuré.

Après, elle s’est endormie. Elle dormait beaucoup au début. Pas longtemps mais beaucoup.

Elle pleurait souvent.

Tout se joue les mille premiers jours, il paraît. Les trois premières années en gros. Certains disent les six premières… Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas traîner.

Il s’approche de sa mère.

Le plus important, c’est de leur assurer qu’on ne va pas mourir subitement et les laisser tomber.

Leur dire…

‖ Pause

Il s’adresse à sa mère : … aie confiance, je suis là, n’aie pas peur, tu vas y arriver. Je m’occupe de toi. Tout va bien se passer.

Vitesse normale. La mère sort avec sa passoire de haricots verts équeutés.

 

 

2 – MA MERE VEUT ME FAIRE MANGER DES HARICOTS VERTS

 

Dans le salon

 

LE FILS au public : Dès sa naissance, votre mère se confronte à des besoins primaires qu’elle doit satisfaire pour la survie de l’espèce.

Respirer, éliminer, dormir, maintenir la température corporelle. Et le premier de tous ces besoins vitaux : se nourrir.

Dans les premières années, l’alimentation va mobiliser chez une mère énormément d’énergie.

Le fils écrit sur le paperboard : « Besoins vitaux / Manger »

 

VOIX DE LA MÈRE depuis la cuisine : A taaable !

D’un air entendu, le fils se met à table. Il joue avec ses deux poupées en attendant.

La mère arrive avec un plat.

LA MÈRE servant son fils : Tiens mon chéri, regarde ce que maman t’a préparé. Mmmm, les bons haricots verts !

Miam, on va se rég...

Le fils repousse son assiette. La mère surprise, regarde les haricots, puis regarde son fils avec incrédulité.

LA MÈRE rapprochant l’assiette du fils : Miam, on va se régaler !

LE FILS : J’aime pas.

LA MÈRE : Mais si, tu adores.

C’est délicieux, je t’assure.

Elle goûte.

Mmmmh, comme c’est délicieux !

‖ Pause

LE FILS au public : Sa psyché est encore en cours de construction. Au début, elle pense que son désir est tout puissant. Qu’elle peut et doit tout avoir immédiatement. Elle ne comprend pas encore que l’autre est différent d’elle. N’oublions pas qu’il n’y a pas si longtemps, elle vivait en osmose avec son nourrisson. Elle n’était pas capable de distinguer son corps du sien.

La mère, remise en mode marche, tend la cuillère à son fils. Elle ouvre la bouche, comme si c’était elle qui allait manger.

LA MÈRE : Oh les bons haricots verts que maman a préparés. Miam miam !

L’enfant ferme la bouche et refuse la cuillère.

LE FILS : Je n’en veux pas.

LA MÈRE : Tu n’en veux pas ?

LE FILS : Non.

LA MÈRE de plus en plus surprise : Mais ce sont des haricots verts.

Les haricots verts c’est bon pour la santé. C’est bourrés de vitamines et d’oligoéléments.

Moi j’adore ça.

Ah, je sais ! Tu me fais une blague !

C’est ça, hein ?

Non ?

La mère réfléchit.

‖ Pause

LE FILS au public : Tout est apprentissage dans les premières années. N’oubliez pas qu’elle découvre tout avec vous pour la première fois. Il faut faire preuve d’indulgence.

Il va lui falloir du temps pour vous connaître et comprendre votre façon de fonctionner.

►Marche

Elle tend sa cuillère pour vérifier une dernière fois. Refus de l’enfant. La mère perplexe.

‖ Pause

LE FILS au public : Pour mener à bien sa mission – la survie de l’espèce – elle va donc être contrainte de mettre en place des stratégies.

Il écrit « stratégies » sur son paperboard.

La première, la plus évidente, sera la stratégie de la persuasion.

(...)

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