Tu veux que je dézingue la p’tite ? de Caroline Leurquin

Le week-end “Rencontre de soi, rencontre de l’autre” proposé par la direction de l’EHPAD n’enchante pas Mireille et Yvette, deux dames très revêches, d’autant plus que des binômes seront formés avec les jeunes au centre social. Et pour elles, ce sera Joss, adolescente souffrant d’anorexie et en colère.

Une comédie désopilante, à l’humour tranchant, pour raconter l’improbable circulation de l’amour. Des personnages attachants.


Extrait

Bruno, Mireille et Yvette sont assis sur de gros ballons.

BRUNO. - Nous sommes vivants, et ça c’est la bonne nouvelle, nous respirons, vous vous rendez compte ? L’air entre dans nos poumons et nous le recrachons le plus naturellement du monde, sans même nous en rendre compte. Ce n’est pas incroyable ? Hein, dites, ce n’est pas incroyable ?

MIREILLE. – Si si, c’est même génial !

BRUNO. - Le corps est une machine incroyable… Votre corps est un arbre, vous enfoncez votre corps dans le sol, vous prenez racine, vous vous enracinez dans la nature qui vous entoure.

MIREILLE. - Bruno, nous sommes dans un gymnase.

BRUNO. – Votre mental est votre unique univers. Il est tout puissant. Il est divin. Imaginez la terre sous le sol, imaginez l’eau d’une rivière qui coule en son centre. Imaginez que vous êtes au milieu d’une forêt. Nous sommes tous des arbres plantés dans cette forêt.

YVETTE. - Y’a des arbres qui grincent et qui penchent ici...

MIREILLE. – Qui pourrait servir de petit bois. Au moins ils serviraient à quelque chose.

BRUNO. - Non, non, ne partez pas Geneviève, elles ne le pensaient pas. Vous… Je… Pourquoi ? Nous sommes tous des cadeaux du monde. La beauté est si précieuse chez l’autre et en soi. Il faut chercher, fouiller dans l’âme. Je sais qu’au fond, en vous, il y a cette ressource, cette énergie.

MIREILLE. – Il faudrait creuser, mettre les mains dans la terre, y a des vers.

YVETTE. – J’ai une pelle, elle me sert plus à enterrer qu’à chercher.

BRUNO. - Comment je vais la faire revenir moi Geneviève ? Nathalie, Nathalie !?

Nathalie entre.

NATHALIE. - Oui ?

BRUNO. - Nathalie, est-ce que vous pouvez rattraper Geneviève, lui dire que… que… vous lui dites ce que vous voulez, que les hommes sont beaux, que sa nouvelle coupe est très belle. Vous lui parlez de son t-shirt avec son chat imprimé dessus, mettez en valeur son originalité.

NATHALIE. - Ben en fait c’est délicat parce que je crois que ses cheveux ben c’est une perruque, enfin je crois, ça bouge sur sa tête, ça descend sur le front. Et je crois aussi, si mes souvenirs sont bons que, … que son chat est mort. Mais je sais pas si c’est celui-là ou si c’est un autre parce qu’elle en a eu pas mal et elle imprime ceux qui sont morts et aussi ceux qui sont vivants. Du coup, quand je dis « oh qu’il est mignon ! », je sais jamais si elle va pleurer ou si elle va être ravie alors du coup je dis…

BRUNO. - … oui mais là il faut que vous la rattrapiez.

NATHALIE. - Je vais lui parler de l’impression au fer à repasser parce qu’à part ses chats, je sais pas grand-chose d’elle…

BRUNO. - Vous lui dites de revenir, que Mireille et Yvette tiennent à s’excuser et que nous avons un week-end à lui proposer, à vous proposer à tous d’ailleurs.

NATHALIE. - Ah c’est bien ça, bonne idée. Ça va lui faire plaisir parce que ça fait longtemps qu’elle n’est pas partie. Elle a eu un problème de panaris je crois, ça s’est infecté, ils ont même envisagé à un moment de…

BRUNO. - … dépêchez-vous Nathalie !

NATHALIE. - Oui oui, je me dépêche, j’y vais. Mais comment savoir de quel côté elle est partie parce que si c’est à droite et que moi je vais à… je vais la rater c’est sûr…

BRUNO. - C’est un boulevard et Geneviève est une personne un peu malade.

MIREILLE. - Elle devrait être à la porte.

YVETTE. – En marche arrière sur la première marche.

BRUNO. - Quand Geneviève va revenir, si Geneviève revient, je tiens à ce que vous vous excusiez.

MIREILLE. - Nan.

YVETTE. – Pour quoi faire ?

(...)

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